Texte collectif

Syndicat des Bénévoles Fâché·e·s Fatigué·e·s et pas Facho

SBFFF — 2026

Manifeste du bénévolat

Bénévoles de tous les festivals, unissez-vous !

Depuis de nombreuses années, les festivals reposent sur un modèle qui ne pourrait tout simplement pas fonctionner sans l’engagement de milliers de bénévoles. Pourtant, à mesure que ces événements grandissent, se professionnalisent, développent leur communication, recherchent de nouveaux partenaires et génèrent des budgets toujours plus importants, la place accordée aux bénévoles semble paradoxalement se réduire à celle d’une simple ressource que l’on mobilise lorsque l’on en a besoin, sans toujours mesurer la valeur de ce qu’elle apporte.

Être bénévole n’a jamais consisté à « travailler pour une bière ». Cette phrase, souvent répétée avec humour, est devenue au fil des années une manière de minimiser ce que représente réellement un engagement bénévole. Derrière chaque personne qui accepte un ou plusieurs shifts, il y a des soirées libérées, des week-ends sacrifiés, parfois même des jours de congé posés auprès de son employeur, des contraintes familiales réorganisées et un choix délibéré de consacrer une partie de son temps libre à un projet auquel elle croit. Nous ne sommes pas présent·e·s parce que nous sommes payé·e·s. Nous sommes présent·e·s parce que nous faisons confiance à une organisation et parce que nous souhaitons contribuer à un événement qui nous tient à cœur. Cette confiance constitue probablement la plus grande richesse dont disposent les festivals, et pourtant elle est parfois traitée comme une évidence.

L’objectif de ce manifeste n’est pas d’opposer les bénévoles aux organisateur·rice·s. Au contraire, nous partageons le même objectif : faire vivre des festivals de qualité. En revanche, il est devenu nécessaire de rappeler que cette relation ne peut fonctionner que si elle repose sur un principe simple : le respect doit être réciproque.

Le premier de ces respects consiste à tenir les engagements pris envers les bénévoles. Lorsqu’une personne accepte une mission, elle s’organise en conséquence et considère, à juste titre, que les engagements pris par l’organisation seront eux aussi respectés. Découvrir au dernier moment que son accès est annulé à cause d’un surbooking, que son planning a été modifié sans concertation ou que les contreparties annoncées disparaissent au fil du temps donne inévitablement le sentiment que l’engagement des bénévoles est considéré comme une variable d’ajustement. Une erreur d’organisation peut arriver dans n’importe quel festival. Ce qui devient problématique, c’est lorsque les conséquences de cette erreur sont supportées par celles et ceux qui n’en sont pas responsables.

Cette situation est d’autant plus difficile lorsque les bénévoles se retrouvent en première ligne face au public. Lorsqu’une erreur de billetterie, un surbooking ou une décision organisationnelle empêche des festivalier·ère·s d’accéder à un événement, il est parfaitement compréhensible que ces personnes expriment leur frustration, voire leur colère. En revanche, il n’est pas acceptable que cette colère soit dirigée vers les bénévoles chargé·e·s du contrôle d’accès, qui n’ont participé ni à la décision, ni au problème, ni à sa résolution. Les bénévoles ne devraient jamais devenir les porte-paroles involontaires des erreurs de l’organisation, encore moins les personnes chargées d’en absorber les conséquences émotionnelles. Les responsables doivent être présent·e·s sur le terrain, visibles et prêt·e·s à assumer les décisions qui relèvent de leur responsabilité.

Cette question rejoint directement celle de la sécurité. Il est régulièrement demandé à des bénévoles de gérer des personnes alcoolisées, agressives ou particulièrement tendues, alors même qu’iels ne disposent ni de la formation, ni de l’autorité, ni parfois des moyens nécessaires pour intervenir correctement. Nous ne sommes ni agent·e·s de sécurité, ni médiateur·rice·s professionnel·le·s, et pourtant nous sommes parfois placé·e·s dans des situations où notre intégrité physique ou psychologique peut être mise à l’épreuve. Il appartient aux organisateur·rice·s de prévoir des procédures claires, des équipes de sécurité facilement mobilisables et un soutien constant afin qu’aucune personne bénévole ne se retrouve isolée face à une situation qu’elle ne maîtrise pas.

Les difficultés rencontrées ne proviennent d’ailleurs pas uniquement du terrain. Elles sont également la conséquence d’outils et de processus qui ne sont plus adaptés aux besoins d’organisations devenues particulièrement complexes. Lorsqu’un système informatique dysfonctionne, lorsqu’un pointage est perdu ou lorsqu’un planning n’est pas correctement synchronisé, il est particulièrement malvenu que les bénévoles soient ensuite rappelé·e·s à l’ordre pour des absences qui ne leur sont pas imputables. Un outil informatique est censé simplifier le travail des équipes. Il ne doit jamais devenir une source supplémentaire de tensions ou de suspicion. La confiance ne peut pas être remplacée par un logiciel défaillant.

Plus largement, il devient difficile d’imaginer un festival moderne sans reconnaître que son fonctionnement dépend désormais largement de son informatique. Les inscriptions, les plannings, la billetterie, les badges, les contrôles d’accès ou encore les communications internes reposent aujourd’hui sur des systèmes numériques dont la fiabilité conditionne directement l’expérience des bénévoles comme celle des festivalier·ère·s. Lorsqu’une organisation atteint une certaine taille, elle ne peut plus considérer son informatique comme un simple support technique. Elle doit la penser comme une véritable direction stratégique, capable d’anticiper les besoins, de coordonner les développements, d’assurer la qualité des outils et d’accompagner les équipes qui les utilisent quotidiennement. Les dysfonctionnements informatiques ne sont jamais uniquement techniques : ils finissent toujours par devenir des problèmes humains.

Le même respect devrait s’appliquer aux disponibilités communiquées par les bénévoles. Lorsque nous indiquons les périodes pendant lesquelles nous sommes disponibles, nous ne remplissons pas un formulaire à titre indicatif. Nous partageons des informations qui reflètent nos contraintes professionnelles, familiales et personnelles afin de permettre une planification réaliste. Ignorer ces disponibilités ou considérer qu’elles pourront toujours être adaptées au dernier moment revient à oublier que le temps que nous consacrons au festival est précisément ce que nous avons choisi d’offrir. Respecter ce temps, c’est respecter les personnes qui le donnent.

À mesure que les festivals se professionnalisent, la gestion des bénévoles doit suivre cette même évolution. Il ne suffit plus de compter sur la bonne volonté des équipes pour compenser les imprécisions organisationnelles ou les décisions prises dans l’urgence. Professionnaliser la gestion des bénévoles ne signifie pas transformer leur engagement en relation salariale. Cela signifie reconnaître que le bénévolat mérite la même qualité d’organisation, la même exigence et le même respect que n’importe quel autre domaine du festival. Former les responsables, améliorer les outils, communiquer avec transparence, consulter les équipes de terrain et assumer les erreurs lorsqu’elles surviennent constituent les bases d’une organisation qui considère réellement ses bénévoles comme des partenaires plutôt que comme une ressource gratuite.

C’est pourquoi nous affirmons aujourd’hui que les bénévoles doivent être davantage associé·e·s aux décisions qui les concernent. Rien pour les bénévoles sans les bénévoles. Les personnes présentes sur le terrain sont souvent les premières à identifier les difficultés, mais aussi les mieux placées pour proposer des solutions concrètes. Les écouter n’est pas une faveur qui leur serait accordée. C’est une démarche de bon sens qui permet à l’ensemble de l’organisation de progresser.

Nous ne demandons ni des privilèges, ni des traitements de faveur. Nous demandons simplement que notre engagement soit reconnu à sa juste valeur, que notre sécurité soit garantie, que notre temps soit respecté, que les engagements pris soient tenus et que les erreurs d’organisation ne soient plus supportées par celles et ceux qui donnent déjà librement de leur énergie.

Parce qu’au fond, le bénévolat n’est pas une faveur que les festivals accordent aux bénévoles.

C’est un cadeau que les bénévoles offrent aux festivals.

Et un cadeau mérite toujours d’être reçu avec gratitude, considération et respect.

Bénévoles de tous les festivals, unissez-vous.

Non pas contre les festivals, mais pour un bénévolat qui soit enfin considéré comme un véritable partenariat, fondé sur la confiance, le respect mutuel et la reconnaissance de l’engagement de celleux sans qui aucun festival ne pourrait exister.

Syndicat des Bénévoles Fâché·e·s Fatigué·e·s et pas Facho (SBFFF)